![]() De toute la Croatie, rassemblés à Vukovar ce 18 septembre 2006 |
Quelque 25.000 personnes ont participé samedi à Vukovar, dans l'est de la Croatie, aux cérémonies marquant le 15e anniversaire de la chute aux mains des forces serbes de cette ville, dont le martyre annonçait les horreurs qui allaient frapper les Balkans dans les années 1990. Plusieurs milliers de personnes venues de tout le pays, une rose rouge à la main, se sont rassemblées dans la cour de l'hôpital de la ville, symbole de la résistance, en présence de plus hauts dirigeants croates, selon la télévision nationale qui a transmis en direct la commémoration.
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D'autres se sont rendus, en cortège, au cimetière de la ville pour déposer des gerbes et allumer des bougies à la mémoire de quelque 1.600 civils et militaires tués pendant le siège de la ville.
"Vukovar a défendu la Croatie. Nous sommes fiers d'être ici. Nous avons le devoir de remercier ceux qui ont donné leur vie pour la défense de la ville", a déclaré le Premier ministre croate, Ivo Sanader.
Dès le début du conflit serbo-croate (1991-1995), qui a éclaté après la proclamation par la Croatie de son indépendance de l'ex-Yougoslavie, Vukovar a été assiégé pendant trois mois par les forces de l'armée yougoslave (JNA) et des sécessionnistes serbes de Croatie.
Environ 4.000 personnes ont été blessées dans les bombardements. Après la chute de la ville, le 18 novembre 1991, 22.000 habitants non-serbes en ont été expulsés.
A la veille des cérémonies, un musée à la mémoire du siège a été inauguré dans le sous-sol de l'hôpital, bombardé presque quotidiennement, aujourd'hui reconstruit.
"On lançait des appels à la communauté internationale, mais ils n'y avait pas de volonté politique d'aider Vukovar", a déclaré Vesna Bosanac, directrice de l'hôpital à l'époque.
Après la prise de la ville, les forces serbes ont emmené de l'hôpital 267 patients. Deux cents d'entre eux ont été exécutés. Les autres ont été portés disparus. Sept personnes ont survécu à ce massacre.
Plusieurs milliers d'autres habitants ont été fait prisonniers et écroués en Serbie voisine, notamment à Sremska Mitrovica, alors que 456 sont toujours portés disparues.
"J'ai été détenue pendant huit jours à Sremska Mitrovica, avec mon mari qui, battu, n'a pas réussi à survivre aux blessures", a dit Ana Komsic, une femme d'une soixantaine années qui s'est rendue au cimetière pour poser une fleur sur la tombe de son fils, tué à la veille de la chute de Vukovar.
Aujourd'hui, quelque 18.000 Croates sont revenus dans la ville, l'une des plus déshéritées du pays, où résident également 10.000 Serbes de Croatie. Les relations entre les deux communautés, n'ayant quasiment aucun contact entre elles, restent tendues.
Avant la guerre, la population de Vukovar comptait 44.600 habitants.
Une quinzaine de paramilitaires serbes ont été condamnés depuis le début 2006 par la justice serbe à des peines allant de 5 à 20 ans de prison pour des exactions commises à Vukovar.
Trois officiers supérieurs de l'ancienne armée yougoslave -- Mile Mrksic, Veselin Sljivancanin et Miroslav Radic --, aussi inculpés pour crimes de guerre commis à Vukovar, sont incarcérés à La Haye dans l'attente de leur procès devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie.
(©AFP / 18 novembre 2006 16h35)