SECONDE partie

Arnold SCHOENBERG (1874-1951)

“Verklärte Nacht” (1899)

Grave - Poco Adagio - Adagio - Adagio molto tranquillo

Verklärte Nacht (La Nuit transfigurée), originalement écrite pour un sextuor en 1899, a été révisée en 1917 et 1943 sous la forme d'une pièce orchestrale par le compositeur lui-même, version qui permet de mesurer le lyrisme wagnérien du premier Schoenberg.
Composée de quatre sections lentes, Verklärte Nacht est un voyage angoissant et jubilatoire dans les tréfonds de l'âme humaine, toujours au bord de la rupture. On connaît mal le propos du poème de Dehmel, et c'est un tort, car il nous permet de bien saisir les ressorts dramatiques de l'oeuvre.
Le poème, tiré du recueil Weib und Welt (La femme et le Monde) publié en 1896, était très controversé à l'époque: pour le public et la critique au tournant du siècle passé, il était d'un érotisme trop explicite. Même aujourd'hui, ses images crues risquent de choquer mais notre âme ne peut manquer d'être touchée par le triomphe de l'amour romantique.
L'histoire est vieille - et belle - comme le monde: un couple d'amoureux marche dans la nuit, "Deux êtres cheminent par le bois dépouillé et froid", et la jeune femme annonce à son amant qu'elle est enceinte d'un autre homme que lui.
Son nouvel amant accepte alors tendrement de recevoir l'enfant comme étant le sien, et donc de le transfigurer, selon le mot de Dehmel.

La musique se déploie en un mouvement unique avec des subdivisions qui sont de larges équivalences aux sections du poème. Elle commence en mineur avec un matériau mélodique d’une certaine lourdeur: à une thématique d'une telle gravité, le compositeur répond par une partition certes grave mais aussi elle-même transfigurée, creuset infini de ses influences musicales et du son austro-allemand de la fin du 19ème siècle, plein des lyrismes aériens ou épais de Brahms, Bruckner, Mahler et Wagner.
Les moments de pardon de l’homme au clair de lune s’illustrent en sonorités chatoyantes, extatiques.

Il est clair néanmoins que Schoenberg ne s’en est pas tenu à ce langage wagnérien. Dix ans exactement après la composition de cette oeuvre, Schönberg entreprendra l’exploration d’un univers entièrement différent, celui de l’atonalité.