Le premier lauréat du Reine Elisabeth 1996 chante à Bruxelles ce lundi.
Mélodies sur des poèmes de Pouchkine, en
compagnie de l'orchestre Charlemagne.
En 1996, la troisième session de chant du concours Reine Elisabeth révéla un jeune baryton solaire, rieur et surdoué, Stephen (prononcez "Steven") Salters, premier Noir américain à remporter la prestigieuse compétition.
Il venait d'avoir 26 ans. Dès la première épreuve, sa personnalité rayonnante, son timbre chaleureux - et immédiatement reconnaissable - et son professionnalisme "à l'américaine" avaient conquis le public qui le désigna d'emblée comme premier lauréat potentiel. Bien inspiré, le jury fut du même avis.
Depuis lors, la carrière du chanteur s'est simultanément développée dans l'opéra - bel canto et Mozart en tête -, avec un séjour déterminant à l'Opéra national de Paris suivi de nombreux engagements en Europe et aux Etats-Unis, dans l'oratorio et le lied, deux domaines de prédilection de l'artiste (qui remporta notamment le concours Walter Naumburg, aux Etats-Unis, en 1999), et dans la création "au sens large".
"The Black Russian"
Au fil de la décennie, son don des langues aidant, Salters s'intéressa de plus en plus aux musiques française et russe des XIXe et XXe siècles, ce qui le mena naturellement au programme donné ce lundi.
"A l'Opéra de Paris, je travaillais avec une merveilleuse coach russe, Svetlana Kratsova, qui non seulement m'a initié à l'opéra russe mais m'a aussi donné plein d'idées. C'est avec elle que j'ai découvert la beauté des mélodies de Rachmaninov et de Tchaïkovski - que j'ai chantées en récital à l'amphithéâtre de la Bastille - jusqu'au jour où elle m'a demandé : "Connais-tu notre poète "noir" ?" Une colle : c'était Alexandre Pouchkine, arrière-petit-fils d'un prince camerounais, aussi important pour les Russes que Goethe pour les Allemands ! Ce fut le début d'un projet qui prit bientôt forme sous le titre "The Black Russian" : une sélection de mélodies sur des poèmes de Pouchkine, que j'ai eu l'occasion de chanter à Washington (avec David Zobel au piano), en les couplant avec des mélodies américaines."
Mais le prochain concert comprend une dimension supplémentaire : "Je rêvais de chanter ces mélodies avec orchestre : en discutant avec Bartholomeus-Henri Van de Velde - on dira "Bart" - à propos de la saison de l'orchestre Charlemagne, l'idée nous est venue de demander à des étudiants du conservatoire de Bruxelles de réaliser l'orchestration de la partie piano." Dont acte : les partitions - que Salters doit encore découvrir - sont aujourd'hui prêtes, signées Maria Alvarez et Elisabeth Angot, deux étudiantes de la classe de Peter Swinnen.
Le chanteur, l'artiste
Ce genre de démarche est bien dans la manière de Salters : "Je crois que pour nous, chanteurs, il est essentiel de développer des programmes proches, intimes, qui correspondent à notre personnalité et à notre histoire. Je rêve toujours de concepts originaux, d'idées nouvelles, de tout ce qui peut entraîner le public à faire confiance à l'artiste qui se trouve derrière le chanteur..."
Quant au détail du programme : "Il existe des centaines de poèmes de Pouchkine mis en musique ! Sans avoir dû m'enfermer dans une bibliothèque en Russie, j'ai quand même pu en lire quelques dizaines, aidé des précieux avis de Svetlana, et j'en ai sélectionné six, respectivement mis en musique par Aliabiev (grand mélodiste du début du XIXe siècle), Cui, Rachmaninov, Dargomyjski, Borodine et Glinka. J'ouvrirai le concert avec l'air de Yeletski (issu de "La Dame de Pique", livret de Pouchkine, bien entendu...), et donnerai en deuxième partie des extraits de l'oratorio "Elias" de Mendelssohn."
Parmi les autres projets immédiats : "Une session de master classes à la Chapelle Musicale, quatre nouvelles productions aux Etats-Unis, dont "La Cenerentola" de Rossini à Memphis et "Le Nez" de Chostakovitch à Boston, et - croisons les doigts - une création de Jean-Philippe Bec, au festival de Marseille, avec Roberto Alagna en Jésus et moi en Judas (on sait qu'à l'opéra, les Blacks ont toujours le mauvais rôle)" (rire).
Conservatoire royal de Bruxelles, le lundi 14 janvier à 20h - 02.507.82.00 - Web www.charlemagneorchestra.com