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Beethoven est l’un des piliers de la tradition classique viennoise, Schönberg le fondateur de la Seconde Ecole de Vienne. En marge de la confrontation de ces deux grands courants musicaux nés au coeur de l’Europe, gravitent quelques joyaux encore méconnus, telle cette Symphonie de chambre de Franz Schreker, qui a conçu en 1916 cette oeuvre en un mouvement pour satisfaire sa quête de nouvelles substances sonores. La Symphonie de chambre est destinée à vingt-trois
instrumentistes (onze cordes, un représentant de chacun
des pupitres de bois et de cuivres, piano, célesta,
harmonium, harpe, timbales et percussion). Schreker semble
vouloir ramasser dans un cadre instrumental et temporel inhabituellement
resserré les ambitions souvent dévorantes de
la symphonie en ce début de siècle. Car bien
que d’un seul tenant, elle n’en présente
pas moins successivement les quatre mouvements traditionnels
(forme qui constituerait d’ailleurs peut-être
son seul point commun avec celle de Nielsen). |
Cette musique chatoyante et somptueuse voit perler d’innombrables touches fugaces et subtiles que l’on est tenté, hâtivement peut-être, de qualifier d’impressionnistes. Harmonie et timbre n’apparaissent plus comme des entités qu’il est possible de dissocier, mais se nourrissent l’un l’autre alors que la mélodie, pourtant très répandue au fil des quelques vingt-cinq minutes de la pièce, s’étourdit dans l’alchimie des timbres et l’étendue harmonique. L’emploi du célesta, au premier titre peut-être, renforce cette idée de dissolution progressive et d’interpénétration des éléments sonores et harmoniques.
L’écoute de cette œuvre offre la possibilité d’aller à la redécouverte d’un pan encore trop peu connu du Sécessionisme musical viennois : celui d’une époque-charnière où les grandes ruptures de style s’affirmaient tout en nourrissant encore le souvenir des grands romantiques.