première partie

Franz SCHUBERT (1797-1828)

La Jeune Fille et la Mort
Quatuor en ré mineur opus posthume D 810 : "Der Töd und das Mädchen"
Version pour orchestre à cordes de Gustav Mahler (1894)

Allegro - Andante con moto - Scherzo - Allegro molto - Presto

Ce thème a un passé à multiples facettes. Il prend racine dans de très vieilles traditions mythologiques: chez les anciens Grecs, le rapt de Perséphone (Proserpine chez les Romains) par Hadès (Pluton), dieu des Enfers, est une claire préfiguration de cette collision entre Éros et Thanatos. La jeune déesse cueillait des fleurs en compagnie de nymphes insouciantes lorsqu'elle aperçut un joli narcisse et le cueillit. À ce moment, la terre s'entrouvrit; Hadès sortit des abysses et enleva Perséphone.
C'est cette ancienne vision qui sera mise en forme à la fin du 15e siècle pour devenir le thème de la jeune fille et la Mort. Celui-ci connaîtra son point culminant chez les artistes allemands de la Renaissance.

Le thème de la mort consolatrice est une constante chez Schubert et traversera toute son œuvre.

Le Quatuor à cordes en ré mineur D. 810 « La Jeune Fille et la Mort », a été écrit par Franz Schubert en mars 1824 et est le quatorzième composé pour cette formation de chambre.

Il est quasi contemporain de son Quatuor en la mineur « Rosamunde », mais ne fut achevé que deux ans plus tard et ne fut jamais édité du vivant du musicien.

La première a eu lieu, à titre privé, le 29 janvier 1826 et sa première publication en 1831, soit trois ans après le décès du compositeur.

L'andante est une série de cinq variations sur le thème extrait de son lied D. 531, La Jeune Fille et la Mort ("der Töd und das Mädchen") qui fut écrit en 1817.

La tonalité d'ensemble de ce quatuor est bâtie sur celle de ce lied dont voici le texte :

"Va-t-en - Ah va-t-en
loin de moi squelette cruel
je suis encore jeune, laisse-moi
ne me touche pas, chère mort.
Donne-moi ta main, toi belle et tendre
Je viens en ami non pour te punir
Sois courageuse, je ne suis pas cruelle
Tu dormiras apaisée dans mes bras."

Ainsi, ce quatuor est une berceuse à la mort accueillante et qui parle aussi du fol espoir de vivre et de se révolter contre l’inéluctable.

Mahler avait toutes les raisons de s’intéresser à ce Quatuor n° 14, fusion du lied et de la grande forme instrumentale, métamorphoses de la mort à la fois terrible et désirable.
La version pour orchestre à cordes qu’il réalisa en 1894 est loin de faire oublier l’original mais reste un témoignage passionnant d’une rencontre entre deux illustres enfants de Vienne.